16 OCTOBRE 1952 -10H20. Six cents parachutistes du sixième bataillon de parachutistes coloniaux sautent des Dakota au-dessus de la vallée de Tu Le, en plein Haut Tonkin. À l’état-major du général Salan comme au commandement vietminh du général Giáp, le calcul est le même : ces hommes ne sortiront pas. Ils viennent de se poser entre deux divisions de l’armée populaire vietnamienne en marche. Au sud-est, la trois-cent-douzième. Au nord-ouest, la trois-cent-huitième. Dix-huit mille combattants ennemis, un bataillon léger, pas d’artillerie, pas de renforts.
À leur tête, le chef de bataillon Marcel Bigeard. Quarante et un ans. Ancien sous-officier devenu officier au feu. Troisième séjour en Indochine. Il connaît ses hommes par leur nom. Sa mission : couvrir le repli des postes français de Nghĩa Lộ. Les quarante-huit heures qu’on lui demande.
Sept jours plus tard, le sixième bataillon sort de la jungle. En haillons. Affamé. Mais en formation reconnaissable, avec ses cadres, ses armes et tous ses blessés ramenés vivants. Soixante kilomètres en ligne droite à travers les crêtes calcaires, à travers la rivière Noire, sous le talonnage permanent de deux divisions vietminh. Une opération que l’état-major avait classée perdue avant même le saut.
Deux ans plus tard, Bigeard sautera de nouveau avec le même bataillon. Cette fois sur Diên Biên Phu.